lundi 4 mai 2020

Tache ou tâche

De l'importance de la présence, ou non, de l'accent circonflexe (l'hirondelle de l'écriture, comme l'appelait Jules Renard)...

Tache : vous en avez une en illustration de ce billet.
Tâche : le travail, la corvée.

Voici donc, pour votre plus grand plaisir, un exemple de mon cru :
Pendant le confinement, je me suis donné pour tâche d'effacer les taches de peinture que j'avais faites en repeignant mes volets.

Cerise sur le gâteau, un petit moyen mnémotechnique un peu tordu :
Par ce beau soleil, si je sors effectuer quelques tâches (travaux) dans mon jardin (sur mon balcon, au choix), je mets un CHAPEAU.

lundi 23 mars 2020

Épidémie, pandémie

Ce petit article sans prétention a pour but de rappeler la différence entre deux termes à l'actualité brûlante : épidémie et pandémie.

Épidémie (du grec epi : au dessus et demos : peuple) : développement et propagation rapide d'une maladie contagieuse, le plus souvent d'origine infectieuse, dans une population.
(définition Larousse).
Notez en passant que pour les animaux on parlera d'épizootie.

Pandémie (du grec pan : tout et demos : peuple) : épidémie étendue à toute la population d'un continent, voire au monde entier.
(définition Larousse)
Et, logiquement, on parlera de panzootie pour les animaux. Connaissiez-vous ce mot ?

Respectez les consignes de confinement et prenez soin de vous et de vos proches.

lundi 16 mars 2020

La Peste

J’ai vu la peste en raccourci :
Et s’il faut en parler sans feindre,
Puisque la peste est faite ainsi,
Peste, que la peste est à craindre !

De cœurs qui n’en sauraient guérir
Elle est partout accompagnée,
Et dût-on cent fois en mourir,
Mille voudraient l’avoir gagnée.

L’ardeur dont ils sont emportés,
En ce péril leur persuade,
Qu’avoir la peste à ses côtés,
Ce n’est point être trop malade.

Aussi faut-il leur accorder
Qu’on aurait du bonheur de reste,
Pour peu qu’on se pût hasarder
Au beau milieu de cette peste.

La mort serait douce à ce prix,
Mais c’est un malheur à se pendre
Qu’on ne meurt pas d’en être pris,
Mais faute de la pouvoir prendre.

L’ardeur qu’elle fait naître au sein
N’y fait même un mal incurable
Que parce qu’elle prend soudain,
Et qu’elle est toujours imprenable.

Aussi chacun y perd son temps,
L’un en gémit, l’autre en déteste,
Et ce que font les plus contents
C’est de pester contre la peste.

Pierre CORNEILLE
Stances

vendredi 27 décembre 2019

Pour que vive France

Ce poème a été écrit, alors qu'il était à Saint-Cyr, par le capitaine Clément FRISON-ROCHE, tombé au champ d'honneur le 25 novembre 2019 au Mali. Je reproduis ici ce texte, en hommage à un frère d'armes et à tous nos soldats morts pour la France.


Pour que vive France

Ainsi, toujours poussés vers une étrange quête
Nos pères s’en allaient-ils bravant la destinée,
Tantôt l’air abattu par le poids des conquêtes,
Tantôt l’air guilleret de leurs jeunes années.

Sur les champs de bataille, côtoyant la laideur,
Ils connaissaient la vie et ses plus tristes heures.
Pas un ne regrettait mais tous avaient au cœur
Ce que signifiait mourir au champ d’honneur.

Du plateau de Pratzen où la brume se fane,
Des tranchées de Verdun aux rizières du Tonquin,
Par delà le Djebel et les vallées afghanes,
La souffrance et la peur étaient leur quotidien.

Mais pour que vive France et la gloire de son nom,
Ils portèrent au front son prestigieux emblème,
Et subissant l’affront jusqu’à celui suprême,
Ils tombèrent en héros sous le feu des canons.

Les yeux levés au ciel implorant le pardon,
Leur corps meurtri exhibait une douleur extrême,
Et dans l’ultime soupir sur leur visage blême,
Leurs lèvres murmuraient ce cantique moribond :

« Oh tendre France, douce gardienne de mon baptême,
Prenez ici ma vie, je vous en fais don,
Veillez sur ma famille et tous les gens que j’aime,
Et rendez je vous prie mon sacrifice fécond… »

Toi France, ingrate mère à la parure ternie,
Laisseras-tu leurs cris se perdre dans la nuit ?
Ils t’ont donné leur cœur, ils t’ont donné leur vie,
N’est-ce pas révoltant que nul ne les envie ?

À tes illustres fils tombés pour la patrie,
Plutôt que souvenir tu préfères l’oubli,
À tes jeunes enfants disparus aujourd’hui,
Plutôt que bienveillance tu préfères le mépris.

Qu’adviendra-t-il de nous ta jeune génération ?
Parmi les injustices de tes institutions,
Et le désintérêt de ta population
Ne saurons-nous jamais où part ton attention ?

Quel sort réserves-tu à ceux qui serviront ?
Nulles considérations, seules quelques concessions !
Pourtant tu le sais bien, nous qui te chérissons,
Nous ne demandons rien qu’un peu de compassion !

Et s’il m’advenait un jour de périr en ton nom,
Ce serait avec foi mais non sans une question,
Pour que revive France et la gloire de son nom,
Je te lancerais sans haine ce dernier affront.

Tandis que mon chant du cygne, funeste merveille,
Pareil au flot gémissant de mon sang vermeil,
Fera couler ces mots aux mille résonances :
« France, ma France, qu’as-tu fait de ta reconnaissance ? »