lundi 23 mars 2020

Épidémie, pandémie

Ce petit article sans prétention a pour but de rappeler la différence entre deux termes à l'actualité brûlante : épidémie et pandémie.

Épidémie (du grec epi : au dessus et demos : peuple) : développement et propagation rapide d'une maladie contagieuse, le plus souvent d'origine infectieuse, dans une population.
(définition Larousse).
Notez en passant que pour les animaux on parlera d'épizootie.

Pandémie (du grec pan : tout et demos : peuple) : épidémie étendue à toute la population d'un continent, voire au monde entier.
(définition Larousse)
Et, logiquement, on parlera de panzootie pour les animaux. Connaissiez-vous ce mot ?

Respectez les consignes de confinement et prenez soin de vous et de vos proches.

lundi 16 mars 2020

La Peste

J’ai vu la peste en raccourci :
Et s’il faut en parler sans feindre,
Puisque la peste est faite ainsi,
Peste, que la peste est à craindre !

De cœurs qui n’en sauraient guérir
Elle est partout accompagnée,
Et dût-on cent fois en mourir,
Mille voudraient l’avoir gagnée.

L’ardeur dont ils sont emportés,
En ce péril leur persuade,
Qu’avoir la peste à ses côtés,
Ce n’est point être trop malade.

Aussi faut-il leur accorder
Qu’on aurait du bonheur de reste,
Pour peu qu’on se pût hasarder
Au beau milieu de cette peste.

La mort serait douce à ce prix,
Mais c’est un malheur à se pendre
Qu’on ne meurt pas d’en être pris,
Mais faute de la pouvoir prendre.

L’ardeur qu’elle fait naître au sein
N’y fait même un mal incurable
Que parce qu’elle prend soudain,
Et qu’elle est toujours imprenable.

Aussi chacun y perd son temps,
L’un en gémit, l’autre en déteste,
Et ce que font les plus contents
C’est de pester contre la peste.

Pierre CORNEILLE
Stances

vendredi 27 décembre 2019

Pour que vive France

Ce poème a été écrit, alors qu'il était à Saint-Cyr, par le capitaine Clément FRISON-ROCHE, tombé au champ d'honneur le 25 novembre 2019 au Mali. Je reproduis ici ce texte, en hommage à un frère d'armes et à tous nos soldats morts pour la France.


Pour que vive France

Ainsi, toujours poussés vers une étrange quête
Nos pères s’en allaient-ils bravant la destinée,
Tantôt l’air abattu par le poids des conquêtes,
Tantôt l’air guilleret de leurs jeunes années.

Sur les champs de bataille, côtoyant la laideur,
Ils connaissaient la vie et ses plus tristes heures.
Pas un ne regrettait mais tous avaient au cœur
Ce que signifiait mourir au champ d’honneur.

Du plateau de Pratzen où la brume se fane,
Des tranchées de Verdun aux rizières du Tonquin,
Par delà le Djebel et les vallées afghanes,
La souffrance et la peur étaient leur quotidien.

Mais pour que vive France et la gloire de son nom,
Ils portèrent au front son prestigieux emblème,
Et subissant l’affront jusqu’à celui suprême,
Ils tombèrent en héros sous le feu des canons.

Les yeux levés au ciel implorant le pardon,
Leur corps meurtri exhibait une douleur extrême,
Et dans l’ultime soupir sur leur visage blême,
Leurs lèvres murmuraient ce cantique moribond :

« Oh tendre France, douce gardienne de mon baptême,
Prenez ici ma vie, je vous en fais don,
Veillez sur ma famille et tous les gens que j’aime,
Et rendez je vous prie mon sacrifice fécond… »

Toi France, ingrate mère à la parure ternie,
Laisseras-tu leurs cris se perdre dans la nuit ?
Ils t’ont donné leur cœur, ils t’ont donné leur vie,
N’est-ce pas révoltant que nul ne les envie ?

À tes illustres fils tombés pour la patrie,
Plutôt que souvenir tu préfères l’oubli,
À tes jeunes enfants disparus aujourd’hui,
Plutôt que bienveillance tu préfères le mépris.

Qu’adviendra-t-il de nous ta jeune génération ?
Parmi les injustices de tes institutions,
Et le désintérêt de ta population
Ne saurons-nous jamais où part ton attention ?

Quel sort réserves-tu à ceux qui serviront ?
Nulles considérations, seules quelques concessions !
Pourtant tu le sais bien, nous qui te chérissons,
Nous ne demandons rien qu’un peu de compassion !

Et s’il m’advenait un jour de périr en ton nom,
Ce serait avec foi mais non sans une question,
Pour que revive France et la gloire de son nom,
Je te lancerais sans haine ce dernier affront.

Tandis que mon chant du cygne, funeste merveille,
Pareil au flot gémissant de mon sang vermeil,
Fera couler ces mots aux mille résonances :
« France, ma France, qu’as-tu fait de ta reconnaissance ? »

dimanche 25 août 2019

À Guislaine


Mon Amour,

Tu es partie. Trop vite. Trop tôt, beaucoup trop tôt. Nous avions encore tant de choses à vivre ensemble.
Ton titanesque combat est terminé. Après cinq années de lutte faite de victoires, de rechutes et de périodes d’espoir, la maladie a finalement gagné l’ultime bataille.

C’était une belle fin d’après-midi d’avril, il y a un peu plus de 8 ans. Nous nous sommes rencontrés pour la première fois. J’ai été fasciné, envoûté dès les premières secondes par tes yeux. C’est d’eux dont je suis tombé amoureux en premier. Et, ces dernières semaines, ces derniers jours, alors que ton corps et ton cerveau partaient à la dérive, il y a toujours eu, dans tes magnifiques yeux, cette petite lueur qui faisait battre mon cœur un peu plus vite.
Je m’étais noyé dans ces yeux à notre première rencontre. Je m’y suis perdu alors que tu rendais ton dernier souffle. Je n’oublierai jamais cet ultime regard, dans lequel tu avais concentré tes dernières forces. J’y ai vu, pour la dernière fois de ma vie, tout ton amour, ta détresse, mais aussi du soulagement je crois.
Ils se sont refermés pour toujours et ils me manquent terriblement.

Ces yeux, c’étaient ceux d’une femme exceptionnelle dont le caractère, la joie de vivre mais aussi la fragilité m’avaient rapidement séduit. Ce mélange étonnant, parfois déroutant je dois le reconnaître, était le fruit d’une vie qui ne t’avait pas épargnée et avait placé sur ton chemin des obstacles que tu avais toujours su franchir, souvent seule, avec tes deux filles que tu aimais plus que tout, et pour lesquelles tu étais toujours prête à sacrifier ton propre bonheur, ta propre existence.
Mais l’amour de ta vie, le véritable amour pour un être avec lequel tu serais prête à finir tes jours, celui-là tu ne l’avais pas trouvé, allant de déceptions en cruelles désillusions.
Et puis nos routes se sont croisées. J’ai vécu auprès de toi, mon Amour, les huit plus belles années de ma vie. Alors, non, ce ne fut pas un long fleuve tranquille, et nous avions suffisamment d’expérience l’un comme l’autre pour savoir que ça ne le serait pas. Notre barque a parfois tangué dangereusement. Mais c’était dans ces moments que nous réalisions la force de l’amour qui nous unissait car, ensemble, main dans la main, nous sortions de ces gros temps, encore plus forts, encore plus aimants.

Ton départ n’a pas été brutal, nous avons eu quelques semaines pour nous y préparer, l’un comme l’autre. J’ai été tristement émerveillé par la force mentale dont tu as fait preuve alors. Toi qui avais si peur de mourir, de ne pas voir ta fille, Laurine, devenir une jeune femme dont tu serais fière, de ne pas voir grandir ta petite-fille, Kelya, toi qui craignais par-dessus tout de perdre trop tôt le bonheur si longtemps cherché, tu as accepté l’inacceptable, l’injuste. Et tu ne sauras jamais à quel point cela m’a aidé à supporter l’inéluctable, alors que tu t’enfonçais tous les jours un peu plus.

La blessure qui m’a ouvert le cœur il y a quelques semaines et qui n’a cessé de s’agrandir jusqu’à ce triste après-midi d’août est là, béante et douloureuse. Je sais, oui je sais que le temps fera son œuvre, pour peu que je l’accepte, et fera de cette blessure une cicatrice qui balafrera mon cœur jusqu’à son dernier battement. Et, parfois, cette cicatrice me fera mal, au hasard d’une image, d’une odeur, d’un son qui me rappelleront cruellement que tu n’es plus à mes côtés, et que seule ma foi en un monde meilleur au-delà de cette vie m’aidera à supporter.
Car je te le promets, mon Amour, nous nous reverrons bientôt. Pour toi, à l’échelle de l’éternité, ce sera dans quelques instants. Pour moi, eh bien, je vais d’abord terminer ce que j’ai à faire, à commencer par tenir la promesse que tu m’as demandé de te renouveler alors que tu avais encore la force de parler : prendre soin de ta fille.
Quant à toi, Dieu t’a confié une mission : veiller sur nous.
Je compte sur toi.

Au revoir mon Amour.
Je t’aime.

Didier, le 23 août 2019