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La prétérition

Dans la grande et belle famille des figures de style, je demande aujourd'hui la prétérition.
Bonne pioche. Mais encore ?

La prétérition consiste à parler de quelque chose, alors qu'on vient d'annoncer qu'on la passerait sous silence. Et vous avez tous utilisé cette figure de style au moins une fois dans votre vie, ne serait-ce qu'en commençant une phrase par "Inutile de vous dire que..."

Et comme d'habitude, voici quelques exemples pour illustrer tout ça :

  • Nous n'essaierons pas de donner une idée de ce nez tétraèdre. (Victor Hugo, Notre-Dame de Paris)
  • Si j’étais malicieux, je vous dirais que la victoire de Pascal sur les jésuites, c’est de les avoir convertis. (François Mauriac)
  • Ne dites pas à ma mère que je suis dans la publicité, elle me croit pianiste dans un bordel (titre d’un livre de Jacques Séguéla)
  • Voir aussi Le gorille, de Georges Brassens (dernier couplet)

Et pour celles et ceux qui veulent creuser encore plus profond, je vous recommande cet article.
Inutile de vous dire qu'il pourrait en rebuter plus d'un...

La litote

La litote est une figure de style consistant à affaiblir l'expression de la pensée pour laisser entendre plus qu'on ne dit.
Elle est très répandue, y compris dans le langage courant. Tout le monde connaît (et a déjà utilisé) la célèbre "ça ne sent pas la rose" pour dire que ça sent mauvais.
Voici d'autres exemples de litotes...

  • Il ne laissera pas que des regrets (on le déteste).
  • Ils ne partiront pas en vacances ensemble (ils se haïssent. Une des litotes préférées de feu Thierry Roland).
  • Ne pas se le faire dire deux fois (agir immédiatement).

Et pour terminer sur une note plus littéraire :

  • « Ce n’était pas un sot, non, non, et croyez-m’en,
    Que le chien de Jean de Nivelle, »
    La Fontaine (Le Faucon et le Chapon)

L'hyperbole

L'hyperbole est une figure de style couramment utilisée, y compris dans la langue de tous les jours. Lorsque vous dites, par exemple, "C'est à mourir de rire", vous faites une hyperbole pour parler d'une chose très drôle.
Elle consiste donc à exprimer de façon exagérée une idée ou un sentiment et utilise pour cela plusieurs types de procédés, comme la comparaison, la métaphore, l'emploi de mots excessifs , l'emploi de superlatifs, etc.

En voici quelques exemples, tirés de notre littérature :

L’éternité pour moi ne sera qu’un instant. (Jean-Baptiste Rousseau) 
Sa garde est aussi forte que celle du prince devant les trônes se renversent ; ses armées sont aussi nombreuses, ses ressources aussi grandes, et ses finances aussi inépuisables. (Montesquieu) 
Je crois que je pourrais rester dix mille ans sans parler. (Jean-Paul Sartre) 
Je m'en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus secrète jusqu'à aujourd'hui, la plus brillante, la plus digne d'envie [...] (Madame de Sévigné)

Je vous laisse le soin de recenser toutes les hyperboles utilisées familièrement par chacun d'entre nous...

Prosopopée

Prosopopée : voici un terme peu connu, mais qui désigne pourtant une figure de style assez courante. Jugez-en plutôt :
La prosopopée est une figure de rhétorique par laquelle l'auteur prête la parole à un absent ou à un être inanimé. (Larousse)
Eh bien, me diront certains, il ne s'agit jamais que de la personnification, mot en outre plus simple à retenir.
Et là je réponds : que nenni ! Il y a une différence, infime certes, mais appelons un chat un chat,car la langue française est riche et toute de nuances !
La prosopopée est une figure de style proche de la personnification, qui s'en différencie toutefois par le fait que l'auteur donne la parole à ce personnage fictif ou être inanimé.

Rien ne vaut quelques exemples pour illustrer tout ça :
Voici une personnification (du soleil en l'occurrence) :
Le soleil aussi attendait Chloé, mais lui pouvait s'amuser à faire des ombres (Boris Vian, L'écume des jours)
Et voici maintenant une prosopopée, dans laquelle c'est un bateau (le France) qui s'exprime à la première personne :
Ne m'appelez plus jamais France
La France, elle m'a laissé tomber (Michel Sardou)
La prosopopée est aussi utilisée dans les devinettes qui se terminent généralement par la question "Qui suis-je ?".

Enfin, et pour finir en beauté, voici un extrait de la Constitution française de 1958 :
Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l’Homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789 [...]

La métaphore

La métaphore est une figure de style classique et parmi les plus connues.
Rappelons donc en deux mots de quoi il s'agit.

La métaphore est une figure de style qui consiste à établir une ressemblance entre un premier élément (le comparé) et un second (le comparant) pour désigner une chose ou une idée. Elle fonctionne sur le même principe que la comparaison, à la différence que la métaphore fusionne les deux éléments sans utiliser de comparatif.

Allez, quelques petits exemples littéraires pour illustrer cela :

Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage. (Charles Baudelaire) 
Les lois sont des toiles d’araignées, à travers lesquelles passent les grosses mouches et restent les petites. (Honoré de Balzac) 
Cette faucille d’or dans le champ des étoiles. (Victor Hugo) Ici, la métaphore est implicite (la faucille pour la lune).

Pour en savoir (beaucoup) plus, voir cet article.

Zeugma

Non, ce n'est pas du verlan.
Le zeugma (ou zeugme, ou attelage) est une figure de style qui consiste à lier par la syntaxe deux mots ou groupes de mots qui sont incompatibles de par leur sens ou leur nature.
Rien ne vaut un exemple pour comprendre ce qu'est un zeugma :

Il a posé une question et son chapeau => "poser une question" et "poser un chapeau" utilisent le même verbe... Mais pas vraiment selon le même sens.

Utilisé en littérature pour donner un sens amusant à certaines phrases, il est le plus souvent involontaire et constitue une faute syntaxique.

À son lit de mort, l'homme songe plutôt à élever son âme que des lapins. (Louis Auguste Commerson) 
Vêtu de probité candide et de lin blanc. (Victor Hugo)
Et tu me dis bonsoir à l'oreille
En trébuchant
Sur tes deux ans
Et ton pyjama 
(Denise Jallais)


Le parallélisme

Ne vous sauvez pas ! Vous êtes bien sur un blog "littéraire" ! Et je vais vous parler de parallélisme en tant que figure de style.

Le parallélisme consiste à juxtaposer ou coordonner deux phrases ou segments de phrases de structure identique ou suffisamment proche pour créer un effet de répétition.
Et rien ne vaut quelques exemples empruntés à la littérature pour bien comprendre cette figure de style...

Dieu aima les oiseaux et inventa les arbres. L'homme aima les oiseaux et inventa les cages. (Jacques Deval) 
Des trains sifflaient de temps à autre et des chiens hurlaient de temps en temps. (Raymond Queneau) 
Démons et merveilles
Vents et marées
Au loin déjà la mer s'est retirée
(Jacques Prévert) 
Je meurs si je vous perds ; mais je meurs si j'attends. (Racine)


Virelangue

C'est dimanche, on se détend !
Puisque vous avez terminé votre grasse matinée, je vous propose un petit réveil intellectuel en douceur(s) en vous parlant un peu de VIRELANGUE.
Un virelangue (ou casse-langue ou fourchelangue) est une locution (ou une phrase ou un petit groupe de phrases) à caractère ludique, caractérisée par sa difficulté de prononciation ou de compréhension orale, voire des deux à la fois. On parle aussi de trompe-oreilles lorsqu’une phrase est difficile à comprendre et donne l’impression d’être en langue étrangère (source : Wikipédia).
Et je suis sûr que vous en connaissez tous.
Personnellement, j'aime beaucoup celui que nous sert Gaston Lagaffe (je vous laisse le soin de retrouver dans quel album, ça vous donnera une occasion de relire cette BD !) :
Chez les Papous, il y a des Papous papas et des Papous pas papas. Il y a aussi des Papous à poux et des Papous pas à poux. Et aussi des poux papas et des poux pas papas. Et même des poux papous et des poux pas papous. Tous les Papous papas à poux papous pas papas sont des Papous à poux papous pas papas, mais les Papous papas pas à poux papous pas papas ne sont pas des Papous à poux papous pas papas, ce sont des Papous pas à poux papous pas papas…
Sinon, tout le monde connaît les célèbres
- Les chaussettes de l'archi-duchesse, sont-elles sèches ou archi-sèches ?
- Un chasseur sachant chasser chasse sans son chien.

Bien.
Combien d'entre vous vont-ils maintenant passer quelques minutes, voire plus, à en chercher d'autres ?
Si vous voulez gagner du temps (paresseux !), allez directement sur la page de Wikipédia...


Janotisme


Un janotisme (que vous pourrez aussi écrire jeannotisme) est une construction maladroite ou équivoque d'une phrase, ce qui donne en général des résultats amusants, sinon ridicules.

Histoire de vous mettre de bonne humeur dès ce début de semaine, je vous propose donc quelques janotismes, que vous pourrez toujours citer à la prochaine pause café...


Voilà la cheminée qu'apprécie tant ma femme que je n'ai pas ramonée depuis bien 3 ans. 
Je vais m'occuper du vieux chien de ma belle mère qu'on ne va pas tarder à faire piquer. 
J'ai acheté un gigot chez le boucher qui était gros. 
La femme donna du pain à ses enfants qu’elle venait de cuire.
Pour terminer, voici une réplique de Janot, dans  Janot ou les battus paient l'amende, comédie-proverbe en un acte de Louis-François Archambault, dit Dorvigny :
Pardonnez-moi, Monsieur, j'ai pris un bon pot au feu pour demain dîner avec vot' compère, qui est tout de la tranche, qui doit venir avec sa femme, pesant cinq livres, sans os du tout.
Vous l'avez compris : c'est ce Janot qui est à l'origine du mot janotisme. Et si vous lisez cette petite pièce de Dorvigny, vous verrez qu'elle en est truffée.


Épanorthose

C'est bon ? Vous arrivez à prononcer ce mot correctement ? Je peux continuer ?
Merci.

L'épanorthose, comme son nom ne l'indique absolument pas (sauf, éventuellement, pour quelques hellénistes chevronnés), est une figure de style qui consiste à reprendre un terme pour le corriger, le préciser ou encore le développer.
Rien de tel qu'un exemple bien choisi, que dis-je, parfaitement choisi (car probablement le plus célèbre de tous ) :
C'est un roc ! ... C'est un pic ... C'est un cap ! Que dis-je, c'est un cap ? ... C'est une péninsule !
Edmond Rostand, Cyrano De Bergerac

Vous entendrez parler aussi de rétroaction ou de palinodie, même si ces termes ne désignent pas tout à fait la même chose, à mon humble avis.

Aposiopèse

Oui, je sais, dès le lundi, c'est inhumain !
D'un autre côté, ça vous laisse quelques jours pour mémoriser et digérer ce qui va suivre, et le servir en société le week-end prochain.

L'aposiopèse est donc une figure de style qui consiste à interrompre une phrase sans achever sa pensée, laissant donc au lecteur (ou à l'auditeur) le soin de la compléter.

La littérature fourmille d'exemples d'aposiopèses. En voici un :
« À mon arrivée au logis, Pauline m'interrompit en disant : - Si vous n'avez pas de monnaie... » Honoré de Balzac, La peau de chagrin
Comme on peut le voir dans cet exemple, l'aposiopèse est généralement matérialisée par les trois points de suspension. Vous trouverez aussi des exemples où l'aposiopèse se caractérise par l'absence de ponctuation (virgule ou point). Je n'insiste pas, cette absence de ponctuation étant très difficile à manier (les phrases devenant un peu ardues à lire et à comprendre).

Bon, de là à parler d'aposiopèse à chaque fois que l'on voit trois points de suspension...


Chiasme

Un chiasme [kjasm] est la disposition en ordre inverse de deux phrases syntaxiquement identiques, formant une antithèse ou constituant un parallèle (définition Larousse).
Cette figure de style est fréquemment utilisée dans des expressions ayant valeur de conseil, d'avertissement.
On connaît tous l'expression "bonnet blanc et blanc bonnet" ou encore "il faut manger pour vivre, et non vivre pour manger". Histoire de sortir un peu de ces exemples habituels, je vous propose ci-dessous un petit florilège de citations, dont certaines sont célèbres, utilisant cette figure de style :
L’humanité doit mettre fin à la guerre, ou la guerre mettra fin à l’humanité. John F. Kennedy
Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour votre pays. John F. Kennedy
Les hommes jeunes voudraient être fidèles et ne le sont pas. Les vieux voudraient être infidèles et ne le peuvent plus. Oscar Wilde
Élever une fille n’est peut-être pas la mère de toutes les batailles, mais certains disent que c’est la bataille de toutes les mères. Dennis Ridley
Votre manuscrit est à la fois bon et original ; mais la part qui est bonne n’est pas originale, et la part qui n’est pas originale n’est pas bonne. Samuel Johnson
Je lève mon verre au beau sexe des deux hémisphères, et aux deux hémisphères du beau sexe ! Marquis de Bièvres
En temps de paix, les enfants enterrent leurs parents. En temps de guerre, les parents enterrent leurs enfants. Herodote

Épitrochasme

Allez, soyez honnêtes : vous le connaissiez, ce mot ?
L'épitrochasme est une figure de style désignant une accumulation de mots brefs.


Exemples littéraires :
Vomit sa vieille nuit, crie : à bas ! crie : à mort !
Pleure, tonne, tempête, éclate, hurle, mord.
(Victor Hugo, Les contemplations) 
Son esprit, strict, droit, bref, sec et lourd.
(Alfred de Vigny, Stello)
Et là, vous vous dites : "Mais oui, bien sûr !". Mais il est vrai que le mot n'est pas des plus aisés à mémoriser...

Oxymore

Cette figure de style consiste à placer dans une même phrase (ou syntagme) deux éléments sémantiquement opposés (à ne pas confondre avec l'antithèse). L'oxymore le plus connu est certainement l'obscure clarté de Corneille (Le Cid).
Un silence assourdissant en est un autre exemple.
En fait, en réfléchissant un peu, on se rend compte que le langage courant utilise à profusion l'oxymore.
Tenez, en voici encore un, très en vogue (malheureusement) : croissance négative. Il est vrai qu'on aurait pu dire décroissance. Mais c'est moins, comment dire, politiquement correct... Qui vient de dire que politiquement correct serait un oxymore ? Bien vu l'aveugle !

Antiphrase

L'anti-machin-chose (remplacez machin-chose par ce que vous voulez, selon vos convictions) a le vent en poupe en ce moment.
Toutefois, ne voyez aucune malice à ce que j'écrive aujourd'hui sur cette figure de style appelée antiphrase, qui n'a donc pas grand-chose à voir avec les premières lignes de ce billet. Encore que, certains d'entre vous y trouveront matière à en faire quelques-unes !
Qu'est-ce donc ?
L'antiphrase est une figure de style consistant à dire une chose pour signifier son contraire.
L'antiphrase la plus utilisée, peut-être, est la suivante : "Tu commences à me plaire", que tout le monde, spontanément, traduit par "Tu m'exaspères".
Si vous réfléchissez un peu, vous allez en trouver beaucoup d'autres, utilisées dans le langage courant.
Les exemples littéraires ne manquent pas non plus. Je n'en citerai donc qu'un, mais quel bel exemple ! On le doit à MONTESQUIEU, dans De l'esprit des lois, livre 15 (1748). Dans cet extrait, L'auteur feint de se faire l'avocat de l'esclavage des noirs :
De l'esclavage des Nègres
Si j'avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :
Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique, pour s'en servir à défricher tant de terres.
Le sucre serait trop cher, si l'on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.
Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête ; et ils ont le nez si écrasé, qu'il est presque impossible de les plaindre.
On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir.
Il est si naturel de penser que c'est la couleur qui constitue l'essence de l'humanité, que les peuples d'Asie, qui font des eunuques, privent toujours les noirs du rapport qu'ils ont avec nous d'une manière plus marquée.
On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui chez les Égyptiens, les meilleurs philosophes du monde, était d'une si grande conséquence, qu'ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains.
Une preuve que les nègres n'ont pas le sens commun, c'est qu'ils font plus de cas d'un collier de verre que de l'or, qui chez des nations policées, est d'une si grande conséquence.
Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes, parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.
Des petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on fait aux Africains : car, si elle était telle qu'ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d'Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d'en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié.

En passant, MONTESQUIEU mérite d'être (re)découvert : ses livres sont d'une actualité troublante...



Asyndète et polysyndète

L'asyndète est une figure de construction affectant la forme de la phrase par l'absence de lien coordonnant.
Exemples :
Français, Anglais, Lorrains, que la fureur rassemble,
Avançaient, combattaient, frappaient, mouraient ensemble.
(Voltaire, La Henriade)
Ménalque se jette hors de la portière, traverse la cour, monte l’escalier, parcourt l’antichambre, la chambre, le cabinet ; tout lui est familier, rien ne lui est nouveau ; il s’assit, il se repose, il est chez soi.
(La bruyère, Les caractères)

À l'inverse, la polysyndète consiste à multiplier ces liens.
Exemples :
Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. − Et je l'ai trouvée amère. − Et je l'ai injuriée.
(Arthur Rimbaud, prologue d'Une saison en enfer)
Mais tout dort, et l’armée, et les vents, et Neptune.
(Racine, Iphigénie, acte I, scène 1)


Allégorie

Une allégorie est la représentation d'une idée abstraite sous une forme concrète, animée ou personnifiée.
Le Larousse en ligne en donne la définition suivante :
Expression d'une idée par une métaphore (image, tableau, etc.) animée et continuée par un développement.
Allez, un petit exemple :
La Déroute, géante à la face effarée,
La Déroute apparut au soldat qui s'émeut,
Et, se tordant les bras, cria : Sauve qui peut!
(Victor Hugo)
Un autre ? Il y en a même deux dans celui-ci :
Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.
(Baudelaire, Spleen, Les fleurs du mal)
Vous noterez en passant la présence d'une majuscule à Déroute, Espoir, Angoisse.

Pour approfondir votre connaissance de cette figure de style, vous pouvez également lire cet article, proposé par l'encyclopédie Larousse...



Anaphore


Une anaphore est la répétition d'un même mot ou d'une même expression au début d'une phrase (d'un vers) ou d'une proposition.

Tout le monde a encore à l'esprit l'anaphore "hollandienne" : "Moi, président de la République, ...", reprise seize fois par le candidat socialiste lors d'un certain débat, le 02 mai 2012...

Autre exemple, que j'aime bien personnellement : "Paris ! Paris outragée ! Paris brisée ! Paris martyrisée ! Mais Paris, libérée !"

Cette figure de style est souvent employée en littérature, et plus particulièrement dans les poésies. En voici un exemple, parmi bien d'autres :
Adieu tristesse
Bonjour tristesse
Tu es inscrite dans les lignes du plafond
Tu es inscrite dans les yeux que j'aime
Paul Éluard

Vous connaissez des exemples sympathiques (drôles, émouvants, pathétiques, ...) d'anaphores ? Faites-en donc profiter les lecteurs de ce blog en les postant dans un commentaire !

Anacoluthe


L'anacoluthe (nom féminin) est une rupture dans la construction syntaxique d'une phrase.  Elle doit créer, chez le lecteur, un effet de surprise. D'un maniement peu aisé, cette figure de style a été utilisée par quelques auteurs illustres :
Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, la face du monde en eût été changée.
(Pascal)
Exilé sur le sol au milieu des huées
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher
(Baudelaire)
Mais n'est pas (grand) écrivain qui veut ! Et les anacoluthes sont souvent involontaires, donnant naissance à des phrases parfois cocasses :
Entrant dans le parc national de Banff, les montagnes étaient partout.
("Nous entrâmes dans le parc national de Banff, les montagnes étaient partout")
L'anacoluthe résulte très souvent d'un mauvais usage du participe...