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Applaudir des deux mains

Applaudir des deux mains.
Non mais, sans blague, avez-vous déjà essayé d'applaudir d'une seule main ? Ou des pieds ?
Elle est un peu idiote, cette expression. Et pourtant...
Pourtant elle a le vent en poupe. Et je ne suis pas le dernier à l'utiliser (pas plus tard qu'hier d'ailleurs, et je n'en suis pas fier).
Question : est-ce bon pour notre langue d'élever au rang d'expression commune un tel pléonasme ?

Comme ça, à chaud, je serais tenté de répondre non. Applaudir des deux mains pourrait être remplacé fort avantageusement par applaudir énergiquement, ou applaudir avec ferveur, ou... ou... Bref, la palette des nuances, en français, est tellement étendue que chacun y trouvera a priori son compte. Mais, par un phénomène d'appauvrissement que l'on n'ose combattre, par facilité, par fainéantise intellectuelle, ou parce qu'on s'en fout, tout simplement, les expressions pléonastiques envahissent notre langue. Dommage, donc.

En prenant un peu de recul, je me dis toutefois que ce ne serait pas une première dans l'évolution du français, et que certaines expressions de ce genre datent de quelques décennies, voire plus. Un exemple ? Aujourd'hui. (voir par ailleurs ce billet).  Quel beau pléonasme, dites-moi !

Le pléonasme a souvent pour fonction de renforcer une idée, une action. C'est le cas pour applaudir des deux mains. Mais ça n'en reste pas moins une solution de facilité et un tic linguistique pas forcément heureux.
J'applaudirai donc énergiquement, des mains ou des pieds, toute initiative limitant les expressions pléonastiques !

Dépenses somptuaires

Vous avez tous déjà entendu parler de dépenses somptuaires.
Mais saviez-vous que cette expression peut être considérée comme un pléonasme ?
À l'origine, l'adjectif somptuaire désigne des lois réglementant des dépenses, ce que nous devons aux Grecs et aux Romains. Somptuaire se rapporte donc, par définition, à la dépense.
Mais, par confusion avec somptueux, puis par habitude, on a donné à cet adjectif le sens de luxueux et par extension tout ce qui désigne des dépenses importantes et luxueuses mais généralement inutiles.
Bref, les puristes vous diront, à raison, que dépenses somptuaires est un pléonasme. Et ce même si des écrivains célèbres (dont Paul Valéry) l'ont utilisé.
Soit.
Il est toutefois certain que ce somptueux article n'a rien de somptuaire... Et qu'en outre il est gratuit.
Vous pouvez passer à autre chose.

Faux prétexte

Faux prétexte est-il un pléonasme ?

Jetons-nous donc sur le dictionnaire. Celui que vous voulez. Je vous propose le Robert (puisque je l'ai sous la main). Je chausse mes lunettes de lecture et lit :
Prétexte : raison donnée pour dissimuler le véritable motif d'une action. 

Donc, par définition, un prétexte est faux.
On pourra toutefois dire d'un prétexte qu'il est mauvais. Je me demande d'ailleurs si la généralisation des faux prétextes ne vient pas d'une confusion avec les mauvais prétextes.

Par extension, un prétexte fallacieux est aussi pléonastique. Et ne me trouvez pas d'argument fallacieux pour me prouver le contraire !

Perspective d'avenir

"Perspective d'avenir". Qui n'a pas déjà entendu au moins une fois cette expression ? On la retrouve même dans des publications dont le sérieux n'est plus à démontrer, comme ici par exemple.
Il s'agit pourtant d'un magnifique pléonasme.
Comme d'habitude, replongeons-nous dans un dico (le Larousse pour ce qui suit, mais si vous préférez Robert, je n'y vois aucun inconvénient !) :

Perspective (dans le sens qui nous intéresse) : Ensemble d'événements, de projets ou évolution, devenir de quelque chose qui se présente comme probable ou possible ; éventualité, horizon.

La notion d'avenir, de futur est déjà dans la définition même du mot perspective. À quoi bon, alors, ajouter "d'avenir" ? Peut-on parler de perspective passée, ou présente ?

Encore une fois, on constate que la méconnaissance des mots utilisés est une source inépuisable de pléonasmes...

Monopole exclusif

Dans la grande famille des pléonasmes, je vous présente monopole exclusif.
Celui-ci semble évident. En effet, le mot monopole signifiant le privilège (de droit ou de fait) dont dispose un individu, une entreprise ou un organisme public de fabriquer ou de vendre seul certains biens ou certains services à l'exclusion de tout concurrent, ou la possession exclusive de quelque chose (source : Larousse), il est inutile d'ajouter l'adjectif exclusif.

Cela n'empêche pas certains (dont des media ayant pignon sur rue) de l'utiliser.
En voici un exemple ICI.
Ou encore ICI.

D'un autre côté, vous trouverez toujours des gens qui tenteront de vous démontrer qu'il ne s'agit pas d'un pléonasme. Exemple (capillotracté*) ICI (point N° 12).
Polémique typiquement française, n'est-il pas ?


* Capillotracté : du latin capillus (cheveu) et de tractare (tirer avec force).

Marche à pied

Tiens, notre écrivaillon de service va nous parler d'activité physique, aujourd'hui...
Oui et non.
Oui si la marche sur les mains vous tente.
Non car je voulais juste attirer votre attention sur le fait que la marche à pied est une belle expression pléonastique. Un pléonasme pur jus.
Mais, comme beaucoup de pléonasmes, il est tellement utilisé qu'on en oublie sa nature.

Le gîte et le couvert

Et le pléonasme de la semaine est... le gîte et le couvert.
Ça y est, le scribouillard est tombé sur la tête, ou il a fumé la moquette !
Mais je persiste et signe : l'expression "offrir le gîte et le couvert" est pléonastique.
Et donc, je m'explique.
Le couvert, ici, désigne le toit, et non la fourchette et le couteau (voire la petite cuillère). Ah. Alors là, forcément, ça change tout. Car, du coup, ça fait beaucoup de toits dans une même expression, le gîte désignant un lieu où l'on trouve à se loger...
Si on creuse un peu, on se rend compte que "le gîte et le couvert" est une déformation malheureuse de l'expression "offrir le vivre et le couvert". Tout s'explique.
J'en ai vu quelques-uns prendre des notes pour pouvoir replacer ça à la pause café... À la bonne heure !

S'entraider mutuellement

S'entraider mutuellement (variante : l'entraide mutuelle) est un pléonasme qui, malheureusement, sonne trop bien pour être honnête.

Rappelons simplement que l'entraide est une aide que l'on se porte mutuellement.

Tout est dit, là, non ?
Et pourtant...
Le GEM, vous connaissez ? Oui, c'est ça : le Groupe d'Entraide Mutuelle.

Ce pléonasme sonne vraiment trop bien, vous disais-je !

La conjoncture actuelle

Aujourd'hui c'est mercredi, à la découverte du pléonasme de la semaine.
La conjoncture actuelle en est un tellement courant que très nombreux sont ceux qui ont fini par ne plus le considérer comme tel. Et pourtant...

Si l'on revient à la définition même du terme conjoncture (voir aussi l'article d'hier à ce sujet), il s'agirait donc de la situation économique générale d'un pays. Actuel apporterait une notion de temps, ce qui ne serait pas forcément redondant.

Toutefois, dans l'expression conjoncture actuelle, conjoncture est synonyme de "circonstance présente". Conjoncture actuelle serait donc un pléonasme. On vous dira peut-être que c'est un mauvais emploi du mot conjoncture. Ah bon ?

Bref, si un jour vous lisez dans un document "conjoncture future", cela vous choquera-t-il ?
Moi oui.
Démonstration par l'absurde.

Campus universitaire

Eh oui, campus universitaire est un pléonasme.

Définition du mot campus (Larousse) :
Vaste terrain construit de bâtiments universitaires et de résidences étudiantes, aux allures de parc, aux États-Unis et au Canada.
Ensemble universitaire regroupant unités d'enseignement et résidences étudiantes.
Toutefois, vous trouverez assez facilement, sur la toile, des articles argumentant le contraire de manière plus ou moins heureuse, puisqu'il semblerait qu'on utilise désormais le mot campus pour désigner autre chose que des ensembles universitaires. Après tout, le français est une langue vivante...

Alors, pour éviter de froisser les uns et les autres, je dirai que "campus universitaire" est une redondance usuelle.

Campus de Montpellier

S'avérer vrai

Dans la famille des affreux pléonasmes, je demande "s'avérer vrai" (variante : "s'avérer exact").

Le premier qui me dit qu'une information peut s'avérer fausse me copiera cent fois :
Je peux remplacer le verbe s'avérer par se révéler vrai.

À moins qu'il ne s'agisse d'une vraie fausse information et dans ce cas de figure, je ne réponds plus de rien.

Autorisation préalable

Aujourd'hui, c'est pléonasmes.
Enfin, théoriquement. Parce que là, il y a matière à débat :
"Autorisation préalable" est-il un pléonasme ?

On rencontre très souvent cette expression, y compris dans des documents officiels. Vous ne me croyez pas ? Allez donc faire un petit tour sur le site www.interieur.gouv.fr.

Pourquoi serait-ce un pléonasme ?
L'action d'autoriser quelque chose intervient avant l'acte pour lequel elle est donnée. Elle répond à une demande qui, elle, est préalable et dont on espère un accord, préalable lui aussi.

D'aucuns rétorqueront, et ce n'est pas faux, qu'on voit régulièrement des autorisations données a posteriori. Dans le domaine du remboursement des soins, par exemple, cette situation est assez courante.
Donc, "autorisation préalable" serait plutôt une redondance, mais pas un pléonasme.
Soit.

Je pense personnellement que le problème vient de la confusion avec l'expression accord préalable, qui est quant à elle parfaitement correcte, mais semble peu à peu supplantée par autorisation préalable.
Pourquoi pas.

Le débat étant loin d'être clos, je pose donc ma paire de ciseaux et arrête de couper les cheveux en quatre... Jusqu'à la prochaine fois.


Apparence extérieure

Mercredi, c'est pléonasmes. Youpi.

Cette semaine, je dénonce l'insidieux "apparence extérieure", qui fleurit de temps à autre au détour d'un article.
(Un exemple : http://cdlm.revues.org/93)

Si "apparence extérieure" est un pléonasme, c'est tout simplement parce que le terme "apparence" contient déjà la notion d'extériorité.

Définition Larousse :
Aspect, conforme ou non à la réalité, sous lequel quelque chose, quelqu'un apparaît à la vue ou à l'esprit. [...] Ce qui apparaît à la surface des choses, par opposition à ce qui est en profondeur, essentiellement. 

Le plus regrettable, dans l'affaire, c'est que l'on retrouve ce pléonasme jusque dans la littérature. En voici deux exemples :
« Les apparences extérieures n'ont jamais trompé personne. » Claire Martin, Avec ou sans amour
« Par l'apparence extérieure, se manifeste l'intérieur. » Gabriel Meurier, Trésor des sentences
Mais que tout cela ne gâche surtout pas votre semaine...

Apanage exclusif

Mercredi, c'est pléonasmes.
Apanage exclusif : si je n'ai pas entendu cent fois celui-ci, alors je ne l'ai jamais entendu !

À l'origine, l'apanage désignait une partie du domaine royal accordée à un prince qui renonçait au pouvoir (source : Le Robert illustré 2014).
Aujourd'hui, ce mot désigne un bien exclusif, un privilège. La notion d'exclusivité figurant déjà dans sa définition, il est donc inutile de l'affubler de l'adjectif exclusif.

Le sourire est l'apanage, la langue, l'expression de la maternité. Honoré de Balzac

Ajouter en plus

Ajouter en plus ?
N'en rajoutez plus !

En effet, ajouter signifie déjà mettre en plus, apporter un élément nouveau, complémentaire ou supplémentaire.
Vous en déduirez que l'expression "ajouter de plus" est elle aussi pléonastique.

Et puis, ajouter quelque chose en moins n'a vraiment aucun sens... Ce qui est encore le meilleur moyen de retenir qu'ajouter en plus est un pléonasme.

Alors, +1 pour ce billet ?

Ainsi par exemple

Voici un pléonasme assez courant, auquel on peut associer "comme par exemple".

Certains me diront que "ainsi" et "comme" placés devant "par exemple" sont là pour marquer une insistance. Il n'empêche : ce sont des formes pléonastiques, puisque ces deux conjonctions signifient déjà "par exemple". Il sera plus judicieux de marquer cette insistance par des virgules avant et après "par exemple".

Les tics de langage sont parfois difficiles à faire disparaître. Et si une telle expression pléonastique peut nous échapper à l'oral, une simple relecture permettra de la supprimer avantageusement à l'écrit...

Achever complètement

 
Aujourd'hui, c'est pléonasmes.
En voici un beau : achever complètement.

Est-il possible, imaginable d'achever partiellement quelque chose ?
Ah, j'en vois deux ou trois qui hochent vigoureusement la tête. Oui, eh bien ce n'est pas parce que vous l'avez vu dans un article de journal que c'est correct ! Vous me copierez 100 fois (sans faire de copier-coller) :
"Achever une chose ou une action, c'est la terminer."

Au jour d'aujourd'hui

Ce billet est le premier de la série consacrée aux pléonasmes. J'essaierai de vous en proposer un par semaine, en général le mercredi.

Voici un pléonasme que j'aime bien. Je ne sais pas pourquoi, mais je l'aime bien. "Il sonne bien" comme on dit. Comme beaucoup de pléonasmes, d'ailleurs.
Et puis, il a une autre particularité : c'est un double pléonasme !

En effet, "aujourd'hui" était déjà, à l'origine, un pléonasme : "hui", vieux mot disparu depuis fort longtemps déjà de la langue française, signifiait "en ce jour". "Au jour d'hui" était donc une expression pléonastique. Elle a été officiellement intégrée au français vers le XVIe siècle.

De là à imaginer que l'expression "au jour d'aujourd'hui", à force d'être utilisée à tort et à travers, sera un jour ou l'autre considérée comme correcte, il n'y a qu'un pas que je ne veux pas franchir, laissant cette responsabilité à d'autres, courageux certes mais pas téméraire que je suis.