dimanche 25 août 2019

À Guislaine


Mon Amour,

Tu es partie. Trop vite. Trop tôt, beaucoup trop tôt. Nous avions encore tant de choses à vivre ensemble.
Ton titanesque combat est terminé. Après cinq années de lutte faite de victoires, de rechutes et de périodes d’espoir, la maladie a finalement gagné l’ultime bataille.

C’était une belle fin d’après-midi d’avril, il y a un peu plus de 8 ans. Nous nous sommes rencontrés pour la première fois. J’ai été fasciné, envoûté dès les premières secondes par tes yeux. C’est d’eux dont je suis tombé amoureux en premier. Et, ces dernières semaines, ces derniers jours, alors que ton corps et ton cerveau partaient à la dérive, il y a toujours eu, dans tes magnifiques yeux, cette petite lueur qui faisait battre mon cœur un peu plus vite.
Je m’étais noyé dans ces yeux à notre première rencontre. Je m’y suis perdu alors que tu rendais ton dernier souffle. Je n’oublierai jamais cet ultime regard, dans lequel tu avais concentré tes dernières forces. J’y ai vu, pour la dernière fois de ma vie, tout ton amour, ta détresse, mais aussi du soulagement je crois.
Ils se sont refermés pour toujours et ils me manquent terriblement.

Ces yeux, c’étaient ceux d’une femme exceptionnelle dont le caractère, la joie de vivre mais aussi la fragilité m’avaient rapidement séduit. Ce mélange étonnant, parfois déroutant je dois le reconnaître, était le fruit d’une vie qui ne t’avait pas épargnée et avait placé sur ton chemin des obstacles que tu avais toujours su franchir, souvent seule, avec tes deux filles que tu aimais plus que tout, et pour lesquelles tu étais toujours prête à sacrifier ton propre bonheur, ta propre existence.
Mais l’amour de ta vie, le véritable amour pour un être avec lequel tu serais prête à finir tes jours, celui-là tu ne l’avais pas trouvé, allant de déceptions en cruelles désillusions.
Et puis nos routes se sont croisées. J’ai vécu auprès de toi, mon Amour, les huit plus belles années de ma vie. Alors, non, ce ne fut pas un long fleuve tranquille, et nous avions suffisamment d’expérience l’un comme l’autre pour savoir que ça ne le serait pas. Notre barque a parfois tangué dangereusement. Mais c’était dans ces moments que nous réalisions la force de l’amour qui nous unissait car, ensemble, main dans la main, nous sortions de ces gros temps, encore plus forts, encore plus aimants.

Ton départ n’a pas été brutal, nous avons eu quelques semaines pour nous y préparer, l’un comme l’autre. J’ai été tristement émerveillé par la force mentale dont tu as fait preuve alors. Toi qui avais si peur de mourir, de ne pas voir ta fille, Laurine, devenir une jeune femme dont tu serais fière, de ne pas voir grandir ta petite-fille, Kelya, toi qui craignais par-dessus tout de perdre trop tôt le bonheur si longtemps cherché, tu as accepté l’inacceptable, l’injuste. Et tu ne sauras jamais à quel point cela m’a aidé à supporter l’inéluctable, alors que tu t’enfonçais tous les jours un peu plus.

La blessure qui m’a ouvert le cœur il y a quelques semaines et qui n’a cessé de s’agrandir jusqu’à ce triste après-midi d’août est là, béante et douloureuse. Je sais, oui je sais que le temps fera son œuvre, pour peu que je l’accepte, et fera de cette blessure une cicatrice qui balafrera mon cœur jusqu’à son dernier battement. Et, parfois, cette cicatrice me fera mal, au hasard d’une image, d’une odeur, d’un son qui me rappelleront cruellement que tu n’es plus à mes côtés, et que seule ma foi en un monde meilleur au-delà de cette vie m’aidera à supporter.
Car je te le promets, mon Amour, nous nous reverrons bientôt. Pour toi, à l’échelle de l’éternité, ce sera dans quelques instants. Pour moi, eh bien, je vais d’abord terminer ce que j’ai à faire, à commencer par tenir la promesse que tu m’as demandé de te renouveler alors que tu avais encore la force de parler : prendre soin de ta fille.
Quant à toi, Dieu t’a confié une mission : veiller sur nous.
Je compte sur toi.

Au revoir mon Amour.
Je t’aime.

Didier, le 23 août 2019